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Pensée du Jour
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HOMMAGE A FELIX HOUPHOUËT BOIGNY
Il avait fait de la recherche de la paix la source d'inspiration de ses pensées...
Félix Houphouët-Boigny (18 octobre, 1905 ? - 7 décembre, 1993), premier
Président de la République de Côte d'Ivoire de 1960 à 1993.
Un leader africain modéré
Il est né - peut-être en fait en 1898 selon F. Grah Mel - peu après
l'érection de la Côte d'Ivoire en colonie française (1893). Il est un
Baoulé (ethnie du centre du pays) dont il deviendra le chef
traditionnel en 1939. Ayant fait de brillantes études de médecine à
Gorée puis Dakar (Sénégal), il prend en charge l'administration du
canton colonial dont il est le chef. Dans cette tâche, il se heurte
rapidement aux autorités coloniales. Il fonde alors le Syndicat
agricole africain (1944), qui rencontre rapidement le succès. Il sera
transformé en parti politique en 1946 (le PDCI, Parti Démocratique de
Côte d'Ivoire), peu avant la fondation du RDA (Rassemblement
Démocratique Africain) avec Modibo Keïta, qui le pose en leader
indépendantiste. Il est un député toujours réélu de 1944 à
l'indépendance de son pays. Il est alors nettement situé à gauche, «
compagnon de route » des communistes. Il se rapproche cependant du
centre et du centre gauche (Robert Schuman, François Mitterrand),
participant à tous les cabinets ministériels de la France de 1956 à
1959. À ce titre, il participe à la rédaction de la loi-cadre Defferre
sur l'autonomie des colonies africaines (1956) puis de la constitution
de la Ve République française . Mais le projet de De Gaulle de
Communauté franco-africaine qu'il soutient fait long feu. Lors de la
proclamation de l'indépendance de la République de Côte d'Ivoire (7
août 1960), il en devient président - il le restera jusqu'à sa mort.
Du « miracle ivoirien » à la crise des années 1980-90
Au pouvoir durant 33 ans, il s'appuie de fait sur un parti unique (le
PDCI), refusant la pluralité politique et syndicale jusqu'en 1990 : il
affirme « préférer l'injustice au désordre », redoutant une partition
politique sur des bases ethniques. De nombreuses tentatives
sécessionnistes sont réprimées violemment (1959-60, 1970-71). Son
choix, pragmatique, du libéralisme économique a permis à la Côte
d'Ivoire de bénéficier de la confiance de nombreux investisseurs
étrangers, notamment français, et de développer des activités
agricoles, fondées sur l'exploitation du cacao et du café au sud puis
du coton au nord, mais aussi industrielles (agro-alimentaire). Durant
cette période, le PIB par habitant est multiplié par plus de 5 en vingt
ans : on parle alors de « miracle ivoirien », le pays faisant figure de
réussite rare en matière de décolonisation, un îlot de prospérité dans
la région du Golfe de Guinée. C'est l'époque où l'on construit de très
nombreuses écoles (le taux de scolarisation passe de 8 à 64 %), où le
pays est équipé en infrastructures - transports (ports, aéroports,
route et même autoroute), énergie (barrages comme celui de Kossou) -,
où le quartier d'affaires du Plateau à Abidjan est édifié sur le modèle
nord-américain, où des hôtels de luxe accueillent des touristes et des
hommes d'affaires - on construit même la première patinoire
d'Afrique... La population passe alors de 2,5 millions d'habitants en
1955 à 6,7 millions en 1975. Houphouët-Boigny y gagne son image de «
Sage de l'Afrique », tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il est
surnommé respectueusement « le Vieux ».
Les années 1980 marquent un retournement de conjoncture économique et
politique. Les cours du cacao et du café s'effondrent (ils ont chuté
des 2/3 entre 1980 et 1992) et le régime s'épuise à les soutenir
artificiellement. La corruption, réelle dès la période précédente,
devient plus visible. Les inégalités sociales entre ville et campagne
s'accroissent. Les réalisations prestigieuses de ces années (comme la
Basilique Notre-Dame de la paix, la plus grande basilique chrétienne du
monde à Yamoussoukro, la nouvelle capitale) n'ont pas l'effet escompté.
Les espoirs de réserves de pétrole sont déçus. Son pays au bord de la
banqueroute, Houphouët change de cap politique (1989). Il autorise le
pluralisme politique et syndical - ce qui ne l'empêche pas de battre
son adversaire Laurent Gbagbo à la présidentielle de 1990 par 89% des
suffrages. Il doit accorder à un groupe étranger le monopole de la
commercialisation du cacao. Diverses catégories sociales s'agitent :
l'armée se mutine (1990, 1992), les étudiants manifestent (répression
de 1992).
A la mort du Président, terrassé par un cancer le 7 décembre 1993,
l'unité du pays, symbolisée par ses obsèques grandioses et
consensuelles, est cependant toujours maintenue. Elle volera en éclat,
à partir de 1999 surtout, par le jeu de rivalités personnelles entre
ses successeurs (Henri Konan Bédié, Robert Guéï, Laurent Gbagbo) et son
ancien premier ministre Alassane Ouattara : ces rivalités ranimeront,
par la notion d'"ivoirité", les luttes ethniques que Félix
Houphouët-Boigny s'était toujours attaché à éviter au profit de la
construction d'une « nation » ivoirienne.
Hommages au Président Félix Houphouët-Boigny
M. Federico Mayor
Directeur général de lUNESCO
Félix Houphouët-Boigny nous a laissé un message en forme d'exigence : la paix.
Il avait fait de la recherche de la paix la source d'inspiration de ses
pensées et le but de son action, rejoignant ainsi la vision des pères
fondateurs de l'UNESCO, convaincus que « C'est dans l'esprit des hommes
que doivent être élevées les défenses de la paix ». En écho, il avait
confessé n'avoir été toute sa vie « guidé que par un idéal, celui de la
fraternité universelle », et il avait mis au service de cet idéal,
d'une part l'autorité que lui avait value son combat sur le plan
national et africain, d'autre part son aura de sage sur la scène
internationale.
Dans la continuité de la tradition africaine de conciliation et
d'échange, il sut restaurer la négociation dans sa dignité et sa
fonction prioritaire de méthode de résolution des conflits, préférée en
toute occasion à l'affrontement et à la violence. C'était son option
résolue, lui qui avait compris que le vrai courage se traduit par
l'écoute, la compréhension et la tolérance. « Il n'y a pas au monde de
problème difficile, si ardu soit-il, qui ne puisse être réglé par la
voie de la négociation » répétait-il, même au cœur des crises.
Comment s'étonner, dès lors, que ce soit à l'écoute de son message
qu'ici même, à Yamoussoukro, naquit en 1989 l'idée de « culture de la
paix » dont la Conférence générale de l'UNESCO vient, par acclamation,
de faire une priorité ?
C'est ici, ici même, au cœur de l'Afrique, que je suis venu, dès mon
élection ; chercher l'inspiration, la vision, la rigueur, la sérénité
nécessaires à l'Institution intellectuelle du système des Nations Unies
pour qu'elle puisse semer la paix, bâtir la paix, et donner à chaque
femme et à chaque homme les moyens de maîtriser son destin. Cette
inspiration, cette vision, je les ai trouvées. Le Président Félix
Houphouët-Boigny m’a fait partager la sagesse africaine, cette sagesse
dont les pays riches ont aujourd'hui un urgent besoin. Il m'a fait
partager les traditions de son peuple, ses coutumes. Il a fait de moi
l'un des siens.
Nelson Mandela, premier lauréat du Prix avec Frederik De Klerk, s'était
exclamé à Paris, le jour de la remise du Prix : « Votre autorité et
votre sagesse sont, pour nous tous, des guides essentiels. » Et c'est
avec gratitude que nous rendons aujourd'hui au Président
Houphouët-Boigny, Sage de l'Afrique, un hommage ému. À ses mânes qui
nous inspirent, nous pouvons renouveler notre engagement de fidélité au
devoir de mémoire et au combat quotidien, inlassable – pour la paix.
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M. Henri Konan Bédié
Président de la République de Côte d'Ivoire
C’est avec une grande émotion que je m'adresse à nos illustres hôtes,
aujourd'hui, dans cette Fondation que le Président Félix
Houphouët-Boigny a léguée à la communauté internationale en vue de
contribuer à la recherche de la paix et qui porte son nom. Il
souhaitait qu'elle servît de réceptacle à son message, comme un écrin
préservant le plus pur diamant et que, sous la conduite de l'UNESCO,
elle en diffuse le contenu et la signification aux quatre coins de la
terre.
Car, par-delà la disparition physique, l'enseignement d'un Sage ne meurt jamais.
Le bon grain qu'il avait semé durant toute sa vie, en prêchant l'amour,
l'amitié et la fraternité, avec la douceur assurée des bons Apôtres, a
levé.
Son combat pacifique pour la paix entre les hommes sera poursuivi par
l'ensemble du peuple de la Côte d'Ivoire, indéfectiblement fidèle à la
mémoire de celui qui fut, pour nous, tout à la fois le premier
Président de notre République, le père de notre indépendance, le
bâtisseur de notre État, le symbole et le ciment de notre unité
nationale.
Il avait semé les graines de la paix, en bravant toutes les embûches.
Il avait entretenu, au fond de son cœur, l'espoir inaltéré de voir
lever les moissons afin que dans les champs de la concorde, les hommes
apprennent à maintenir, comme autant d'épis rassemblés, leur nécessaire
solidarité.
De ce lieu édifié pour pérenniser son message, nous lui faisons le
serment que son œuvre sera continuée, que la flamme de son souvenir
sera entretenue et que son message d'espoir sera transmis aux
générations futures, pour que triomphe son idéal de justice, de
fraternité, de paix et d'amour.
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M. Abdou Diouf
Président de la République du Sénégal
Il y aurait beaucoup à dire, sur le bâtisseur, l'homme d'État, le grand
Africain, le Sage enfin que fut le Président Félix Houphouët-Boigny.
Mais on exprimera, sans aucun doute, la vérité de l'homme en disant,
simplement, qu'au soir d'une vie qui nous enseigne à quel point la paix
doit être placée au-dessus de tout, le Président Félix Houphouët-Boigny
a donné son nom à un Prix décerné par l'Organisation des Nations Unies
pour l'éducation, la science et la culture afin de continuer, au-delà
de la mort, l’œuvre de ce qu'il fut éminemment : un apôtre de la
fraternité.
Universellement salué comme tel, de son vivant, il est ainsi de ceux
qui ont donné au mot « dialogue » sa plus haute signification : savoir
nous rencontrer, par-delà tout ce qui nous sépare, en notre commune
humanité, pour imprimer désormais au cours des choses une destination
de paix.
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M. Boutros Boutros-Ghali
Secrétaire général des Nations Unies
Nous sentons bien, aujourd'hui, à Yamoussoukro, la force spirituelle de
celui que nous voulons, ensemble, honorer. Son souvenir nous rassemble
et nous fortifie. Sa présence immanente nous entoure et nous soutient.
Son autorité morale continue à nous dicter la voie à suivre vers la
paix et le développement.
Dans les moments essentiels de ma vie diplomatique, j'ai souvent trouvé
le Président Houphouët-Boigny auprès de moi. Et c'est de cet appui dont
j'aimerais un instant témoigner.
Lorsque j'étais Ministre chargé des affaires étrangères en Égypte, j'ai
rencontré auprès du Président Félix Houphouët-Boigny une immense
compréhension, notamment lors de l'initiative du Président Sadate de se
rendre à Jérusalem. Il n’a pas alors ménagé sa peine pour nous aider,
et pour déclarer publiquement son appui, et convaincre certains chefs
d'État réticents de l'importance de cette initiative historique.
C'est durant la même période, et notamment en 1979, que j'ai à nouveau
retrouvé le Président Félix Houphouët-Boigny à l'occasion de la
préparation du Sommet des non-alignés qui se tenait alors à La Havane.
Nous partagions la même inquiétude que le communisme ne dénature le
non-alignement.
L'année suivante, à l'occasion de la session extraordinaire de
l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Lagos, j'ai été fortement
impressionné, comme tous les participants, par les fortes convictions
du Président Félix Houphouët-Boigny sur le développement économique du
continent et par son obstination à convaincre les autres chefs d'État
africains de partager sa vision de l'Afrique, d'une Afrique fondée sur
les valeurs de la dignité et du progrès.
Dans les années qui ont suivi j'ai, à plusieurs reprises, retrouvé le
Président à l'occasion de manifestations et de sommets de la
francophonie. Il aimait alors à rappeler la naissance de son engagement
politique et les liens à la fois puissants et complexes qu'il a
toujours entretenus avec la France.
Je veux enfin me souvenir que c'est à l'occasion du Sommet de Paris, en
1991, qu'il m'a réitéré sa promesse de voter à l'ONU pour son ami
égyptien.
Il lui semblait que, par mon élection au poste de Secrétaire général,
l'Organisation des Nations Unies donnait enfin au continent africain
l'opportunité de contribuer au progrès de la communauté internationale
dans son ensemble.
J'ai eu, par la suite, de nombreuses conversations avec Félix
Houphouët-Boigny. Je lui ai demandé, à plusieurs reprises, d'user de
son influence pour apaiser certains différends inter-africains.
Et j'ai pu mesurer alors ce qui faisait la grandeur de la personnalité
de Félix Houphouët-Boigny : parce qu'il était profondément africain, il
avait su accéder à l'universel.
C'est ce témoignage personnel que je voulais aujourd'hui, à
Yamoussoukro, renouveler devant vous, en hommage à notre grand disparu.
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